COMMUNICATION SUR LE THEME : « LES APPORTS DE L’EGLISE CATHOLIQUE SUR L’ENSEIGNEMENT UNIVERSITAIRE » Présentée par Spero MAHOULE


L’enseignement universitaire diffère de l’enseignement pré-universitaire,                     en ce que les formés sont semi âgés ou âgés, et que l’on recommande                          une certaine finesse dans la façon de les encadrer. Dans nos écoles supérieures, nous recevons en formations initiales ou continues des personnes qui parfois ont déjà des situations sociales bien définies, mais avec au même moment des jeunes apprenants qui doivent se préparer à la vie active mais aussi à la vie de famille.

Raison pour laquelle le système de formation actuel qui est le LMD, veut donner la possibilité aux apprenants d’aller à leur rythme, mais en exigeant d’eux plus de travaux personnels que de cours magistraux. Ils doivent, à la fin de leur formation, être dotés du savoir, du savoir-faire, du savoir être et du savoir-faire faire.

C’est dans cette quête, que chaque école supérieure de formation universitaire innove sur sa vision de la formation pour donner ses offres de formation.                        Il est important de remarquer que certaines écoles n’ont aucune mission spécifique et ne font que transmettre le savoir et le savoir-faire. L’église catholique à travers sa doctrine sociale, donne obligation aux écoles catholiques, à tous les niveaux de donner et d’insister sur le savoir être pour former des apprenants complets.

Et c’est en cela que l’Ecole Supérieure d’Administration et de Gestion Notre Dame de l’Eglise, s’est donné dès sa création une mission qui cadre avec la doctrine de l’église catholique à travers sa devise : « Sint ut sunt aut non sint »

La pensée sociale de l’Église propose une conception de la personne humaine et des relations en société qui offre à la fois un fondement et un horizon à l’École catholique. Elle relève de la théologie morale en ce qu’elle entend “orienter le comportement chrétien”, tout comme l’École catholique s’efforce d’incarner une vision chrétienne du monde.

Dans le cadre de notre débat de ce matin dont le thème est précisé précédemment, nous voudrions voir les impacts positifs de l’église catholique sur les enseignants et sur les apprenants, étant attendus que, la marge de manœuvre, pour influer sur les contenus des enseignements, est mince et délicate.

  1. Les apports de l’église catholique sur le comportement de l’enseignant

Notre démarche consisterait à relever d’abord les obligations qui pèsent de manière générale sur tous les enseignants, avant d’aborder dans une deuxième partie le traitement que doit réserver les écoles catholiques aux enseignants

  1. Les obligations de l’enseignant

Il est important au prime abord de rappeler que l’enseignant est tenu d’encadrer tous les apprenants sans distinctions et sans discriminations aucunes. Il a un impératif de neutralité et sa perception subjective sur les notions doivent dans la mesure du possible le passer en second plan par rapport à la vision objective de la notion. D’où le principe de laïcité qui s’applique à tous les agents du service public d’enseignement public et fait obstacle à ce qu’ils manifestent leurs croyances religieuses dans le cadre de leurs enseignements. Cette exigence peut-elle s’appliquer à l’enseignant catholique ?

La réponse n’est pas si aisée dans la mesure où les écoles supérieures catholiques ont un message particulier, une vision précise du type de personne à former. Les écoles catholiques doivent trouver le moyen de faire passer le message religieux sans en faire une obligation systématique pour les acteurs de l’éducation. Et c’est là que l’enseignant a un rôle crucial à jouer car il n’encadre pas seulement les catholiques mais toutes les confessions religieuses et lui-même n’est pas forcement catholique.

L’établissement doit le traiter correctement avec respect de ses droits et dignité et prendre soin dans la mesure du possible de ses besoins sociaux en lien avec sa profession. En retour, l’enseignant doit cependant recevoir un code déontologique qui lui fasse interdiction de proposer des concepts religieux autres que ceux de l’église catholique aux apprenants. Mais encore il doit lui-même intégrer dans sa démarche des obligations professionnelles de l’enseignant, les vertus et principes de la doctrine sociale de l’église. Ses obligations, outre celle de neutralité sont :

  • L’obligation de réserve

 L’enseignant dans une école catholique doit éviter des prises de position publiques mettant en cause, de manière grave, le fonctionnement de l’administration. Tant dans ses choix d’enseignement que dans ses missions, visions et activités

  • L’obligation de signalement

 L’enseignant est tenu de rapporter à l’administration toute information d’une extrême gravité concernant un étudiant ou un collègue. Le fait même de suspecter de faux le diplôme utilisé par un collègue pour assurer des cours doit être porté à l’attention de l’administration. Les cas de fraude des étudiants pour réussir doivent être dénoncés par l’enseignant.

  • Obligation d’assurer son service

Dans son rôle de modèle, l’enseignant dans une école catholique doit être assidu, ponctuel, participer aux réunions, établir et communiquer les notes des évaluations, encadrer les étudiants de façon paternelle sans familiarité.

Il doit préparer son cours et le posséder avant de le dispenser.

  • Obligation de discrétion

Les enseignants ont obligation de faire preuve de discrétion professionnelle pour toutes les informations liées à l’école ou aux étudiants ou à la famille d’un étudiant.

  • Obligation d’obéissance

Cette obligation veut que l’enseignant obéisse à tous les textes règlementaires en vigueur dans l’établissement où il dispense son cours. Il se doit de respecter les consignes des responsables pédagogiques et administratifs de l’institution.

  • Obligation de surveillance

L’enseignant est responsable de l’intégrité physique et morale de ses étudiants pendant qu’il les a à charge. Pour cette raison, il doit respecter les exigences relatives à la sécurité et à la santé pendant le temps scolaire, les sorties d’études et voyages collectifs.

  • Obligation de bienveillance

L’enseignant doit utiliser son autorité de façon à corriger sans humilier l’étudiant. Il se doit d’être juste et impartial dans le traitement des étudiants. Il ne doit pas avoir une relation privilégiée avec un étudiant et ne doit pas ignorer ou être indiffèrent à la difficulté d’un étudiant. Il doit éviter la démagogie, la dictature et le laxisme. Enfin, les sanctions doivent être justes, mesurées et appropriées et s’appliquer de façon égale à tous les élèves. 

  1. Les dispositions de l’église catholique à l’endroit de l’enseignant

Par son enseignement social, l’Église entend annoncer et actualiser l’Évangile au cœur du réseau complexe des relations sociales. Il ne s’agit pas simplement d’atteindre l’homme dans la société, l’homme en tant que destinataire de l’annonce évangélique, mais de féconder et de fermenter la société même par l’Évangile. 

Dans sa reconnaissance du travail important de l’enseignant pour la mission évangélique, l’église catholique insiste sur les valeurs suivantes :

  • Dignité de l’homme, dignité du travail

Les principes de la pensée sociale de l’Église sont tous orientés vers le respect et la promotion de la dignité humaine. La dignité procède du fait que toute personne est créée à l’image de Dieu et qu’elle est appelée au salut. L’école catholique est au service de la dignité humaine et de la cohésion de la société. Elle contribue largement « à humaniser toujours plus la famille des hommes et son histoire » (Gaudium et Spes, n° 40 § 3). Ainsi pour l’enseignant, la dignité professionnelle est respectée lorsque la personne est en mesure d’assumer pleinement sa charge, d’exploiter ses marges d’initiatives et d’avoir conscience qu’elle participe à la construction de l’œuvre commune. L’administration doit l’intégrer au processus de la construction de cette œuvre commune

  • Le bien commun

Le principe du bien commun est présent dans la pensée sociale de l’Église de manière constante. La définition qui fait référence est celle du concile Vatican II :

« […] Le bien commun, c’est-à-dire cet ensemble de conditions sociales qui permettent, tant aux groupes qu’à chacun de leurs membres, d’atteindre leur perfection d’une façon plus totale et plus aisée ». (Vatican II, Gaudium et Spes, n°26 § 1)

Ainsi, le bien commun n’est pas un état à atteindre ou à conserver, mais un moyen (« l’ensemble des conditions ») qui permettra aux personnes et aux communautés de s’épanouir et de se développer. Il n’est pas un bien que nous aurions en commun, mais il est ce qui est bon pour nous tous.

La recherche du bien commun s’inscrit dans une dynamique progressive, ce qui implique de manifester une volonté personnelle et collective d’amélioration des conditions de vie ensemble.• Elle se construit dans la relation, ce qui implique de développer une culture de l’échange et du dialogue.

Enfin, elle nécessite l’exercice d’une responsabilité, ce qui implique que chacun considère qu’il a un rôle à jouer dans cette recherche d’amélioration.

  • La subsidiarité

Le principe de subsidiarité est un des piliers de la pensée sociale de l’Église. Voici la description qu’en propose Jean-Paul II :

« […] Une société d’ordre supérieur ne doit pas intervenir dans la vie interne d’une société d’ordre inférieur, en lui enlevant ses compétences, mais elle doit plutôt la soutenir en cas de nécessité et l’aider à coordonner son action avec celle des autres éléments qui composent la société en vue du bien commun. » (Jean-Paul II, encyclique Centesimus Annus, n°48)

Dans la pensée sociale de l’Église, la subsidiarité est souvent évoquée au sujet des rapports entre les différentes strates de la société. Elle est également présentée comme un principe général d’organisation qui trouve des applications particulièrement pertinentes dans les organisations de travail.

Le respect du principe de subsidiarité implique plusieurs points de vigilance. Le premier consiste à veiller à ce que chacun, à la place qu’il occupe, ait une capacité d’initiative qui lui permette d’être acteur aux côtés des autres. Pour ce faire, il convient que les attributions de chaque personne et de chaque instance soient bien définies et connues de l’ensemble. Chacune doit disposer des moyens de remplir pleinement la mission qui lui est confiée.

Le deuxième point de vigilance consiste à favoriser un esprit d’entraide et de soutien mutuel, non pas pour faire à la place de l’autre, mais pour permettre à l’autre de mieux faire. Cet esprit d’entraide s’entend dans le cadre des relations verticales, hiérarchiques, du haut vers le bas, mais également du bas vers le haut. Il s’entend aussi dans le cadre des relations horizontales entre pairs.

Le troisième point de vigilance concerne la nécessité qu’il peut y avoir, exceptionnellement, de suppléer une personne ou une instance défaillante. Dans l’esprit de la subsidiarité, cette suppléance ne peut être que ponctuelle. De plus, elle doit s’accompagner de mesures permettant à la personne ou l’instance défaillante de mieux retrouver sa place. Le principe de subsidiarité suppose que chacun soit en mesure d’exercer pleinement sa responsabilité. C’est à dire qu’il soit en capacité de répondre de la mission et des tâches qui sont confiées. L’exercice d’une responsabilité crée un lien organique avec la communauté au sein de laquelle il est assumé.

  • La solidarité

« [La solidarité] n’est pas un sentiment de compassion vague ou d’attendrissement superficiel pour les maux subis par tant de personnes proches ou lointaines. Au contraire, c’est la détermination ferme et persévérante de travailler pour le bien commun, c’est-à-dire pour le bien de tous et de chacun parce que tous nous sommes vraiment responsables de tous […] ». (Jean-Paul II, encyclique Sollicitudo Rei Socialis n°38)

La solidarité est un espace offert à tous pour participer au développement de chacun et à la croissance de la communauté. Elle est de nature à construire le lien qui unit les hommes entre eux et avec la société où ils sont implantés. Elle permet d’assurer la continuité du chemin des hommes, veillant à ce que personne ne reste sur le bas-côté.

La solidarité est un appel à sortir de soi-même, un moyen de quitter l’individualisme. Elle invite chacun à se comporter comme s’il était débiteur des autres et de la communauté. Elle conduit à concevoir des relations sociales justes, à fuir les comportements manipulateurs motivés par l’envie de pouvoir.La solidarité doit être vécue particulièrement dans l’attention aux plus fragiles et aux plus faibles. C’est ce que l’Église appelle : « l’option préférentielle pour les pauvres ». C’est-à-dire le choix qui est fait de mener prioritairement et résolument des actions envers ceux qui en ont le plus besoin.

En somme ces principes, ces valeurs ont pour finalité d’agir efficacement sur la personne de l’étudiant.

  • Les apports de l’église catholique sur le comportement des étudiants

Nous donnerons ici les spécificités des écoles catholiques, mais il est important dans une première partie de relever les droits et obligations d’ordre général de l’étudiant, mais ayant une valeur de recommandations universelles

  • Les droits et devoirs des étudiants

LES DROITS DE L’ETUDIANT

  •  L’étudiant a droit à un enseignement et à une formation à la recherche de qualité. Pour ce faire, il a droit à un encadrement de qualité qui utilise des méthodes pédagogiques modernes et adaptées.
  •  Le programme du cours doit lui être remis dès le début de l’année. Les supports de cours (Syllabus, références d’ouvrages et polycopiés …) doivent être mis à sa disposition et portés à sa connaissance.
  •  L’étudiant a droit au respect et à la dignité de la part des membres de la communauté universitaire.
  •  L’étudiant ne doit subir aucune discrimination liée au genre ou à toute autre particularité.
  •  L’étudiant a droit à la liberté d’expression et d’opinion dans le respect des règles régissant les institutions universitaires.
  •  L’étudiant a droit à une évaluation juste, équitable et impartiale. La remise des notes, accompagnée du corrigé et du barème de l’épreuve et, au besoin, la consultation de copie, doivent se faire dans des délais raisonnables n’excédant pas ceux fixés par les comités pédagogiques et les textes règlementaires.
  •  L’étudiant a le droit de présenter un recours s’il s’estime lésé dans la correction d’une épreuve.
  •  L’étudiant a droit à la sécurité, à l’hygiène et à la prévention sanitaire nécessaires aussi bien dans l’université que dans les résidences universitaires.
  •  L’étudiant a droit aux informations concernant les structures de l’école, notamment son règlement intérieur.
  •  L’étudiant a accès à la bibliothèque, aux laboratoires pédagogiques, au centre de ressources informatiques et à tous les moyens matériels nécessaires à une formation de qualité.
  •  L’étudiant élit ses représentants aux comités pédagogiques sans entrave ni pression.
  •  L’étudiant peut créer, conformément à la législation en vigueur, des associations estudiantines à caractère scientifique, artistique, culturel et sportif. Ces associations ne doivent pas s’immiscer dans la gestion administrative et pédagogique de l’université en dehors du cadre fixé par la réglementation en vigueur.

LES DEVOIRS DE L’ETUDIANT

  •  L’étudiant doit respecter la réglementation en vigueur.
  •  L’étudiant doit respecter la dignité et l’intégrité des membres de la communauté universitaire.
  •  L’étudiant doit respecter le droit des membres de la communauté universitaire à la libre expression.
  •  L’étudiant doit respecter les résultats des jurys de délibérations.
  •  L’étudiant est dans l’obligation de fournir des informations exactes et précises lors de son inscription, et de s’acquitter de ses obligations administratives et pédagogiques envers l’établissement et ses structures.
  •  L’étudiant doit faire preuve de civisme et de bonnes manières dans l’ensemble de ses comportements.
  •  L’étudiant ne doit jamais frauder ou recourir au plagiat.
  •  L’étudiant doit préserver les locaux et les matériels mis à sa disposition et respecter les règles de sécurité et d’hygiène dans toutes les structures de l’université.
  •  L’étudiant ne doit en aucun cas fermer les portes des structures administratives et pédagogiques de l’université. Il ne doit pas entraver leur fonctionnement en utilisant les étudiants (es) comme bouclier humain.
  •  L’étudiant est dûment informé des fautes qui lui sont reprochées. Les sanctions qu’il encourt sont prévues par la réglementation en vigueur et le règlement intérieur de l’université. Elles sont du ressort des conseils de discipline et peuvent aller jusqu’à l’exclusion définitive de l’université.
  • La gestion des étudiants dans le concept de l’église catholique

Il est important de relever que la façon de traiter les étudiants dans une école catholique est différente des écoles laïques.

  • La prise en compte de l’épanouissement personnel

«Le personnel est formé pour être à l’écoute des étudiants. Nous avons la même approche qu’une grande école. Nos enseignants doivent être au service des étudiants et les coacher dans leurs projets».  Denis Simon, responsable Carrière à l’université catholique de Lille disait «Les universités catholiques s’intéressent au développement de la personne, et pas seulement à la transmission des savoirs. Cela fait partie de la doctrine de l’Église», explique Jean-Louis VICHOT. Elles misent sur l’accompagnement personnalisé des étudiants, facilité par les faibles effectifs des promotions.

L’encadrement personnalisé des élèves passe par des entretiens réguliers avec des responsables pédagogiques et, plus généralement, par un personnel à l’écoute.

Un entretien d’orientation est prévu en amont pour vérifier si le candidat ne se trompe pas de voie. Le cas échéant, auquel cas il faut lui conseiller une autre formation.

Un service de la pastorale accompagne les étudiants dans le renforcement spirituel.

  • Des structures d’encadrement pour l’insertion professionnelle 

Les étudiants qui en font la demande sont aidés pour les demandes de stages et les recherches d’emploi.

  • Des formations tournées vers l’humain et l’éthique

Les universités catholiques proposent des enseignements religieux qui, laïcité oblige, sont absentes des bancs de l’université publique. Elles disposent toutes d’une faculté de théologie et/ou de sciences religieuses dont les diplômes sont reconnus par le Saint-Siège. Néanmoins, seuls 15% des étudiants y sont inscrits. Ainsi, une très grande partie des étudiants choisit de suivre une formation universitaire classique. Mais comme le précise Thierry Magnin, les enseignements véhiculent les «valeurs de l’humanisme chrétien». Les étudiants bénéficient d’une «formation humaine» complémentaire à leurs études principales. Méditation, initiation aux arts, engagement humanitaire…